domingo, 28 de marzo de 2010

De Madame de Sévigné a Madame de Grignan



De Madame de Sévigné à Madame de Grignan

A Paris, ce vendredi 6 février 1671.

Ma douleur seroit bien médiocre si je pouvois vous la dépeindre; je ne l'entreprendrai pas aussi. J'ai beau chercher ma chère fille, je ne la trouve plus, et tous les pas qu'elle fait l'éloignent de moi. Je m'en allai donc à Sainte-Marie, toujours pleurant et toujours mourant: il me sembloit qu'on m'arrachoit le cœur et l'âme; et en effet, quelle rude séparation! Je demandai la liberté d'être seule; on me mena dans la chambre de Mme du Housset, on me fit du feu; Agnès me regardoit sans me parler, c'étoit notre marché; j'y passé jusqu'à cinq heures sans cesser de sangloter: toutes mes pensées me faisoient mourir. J'écrivis à M. de Grignan, vous pouvez penser sur quel ton. J'allai ensuite chez Mme de La Fayette, qui redoubla mes douleurs par la part qu'elle y prit. Elle étoit seule, et malade, et triste de la mort d'une soeur religieuse: elle étoit comme je la pouvois désirer. M. de La Rochefoucauld y vint; on ne parla que de vous, de la raison que j'avais d'être touchée, et du dessein de parler comme il faut à Merlusine. Je vous réponds qu'elle sera bien relancée. D'Hacqueville vous rendra un bon compte de cette affaire. Je revins enfin à huit heures de chez Mme de La Fayette; mais en entrant ici, bon Dieu! comprenez-vous bien ce que je sentis en montant ce degré? Cette chambre où j'entrois toujours, hélas! j'en trouvai les portes ouvertes; mais je vis tout démeublé, tout dérangé, et votre pauvre petite fille qui me représentoit la mienne. Comprenez-vous bien tout ce que je souffris? Les réveils de la nuit ont été noirs, et le matin je n'étois point avancée d'un pas pour le repos de mon esprit. L'après-dînée se passa avec Mme de La Troche à l'Arsenal. Le soir, je reçus votre lettre, qui me remis dans les premiers transports, et ce soir j'achèverai celle-ci chez M. de Coulanges, où j'apprendrai des nouvelles; car pour moi, voilà ce que je sais, avec les douleurs de tous ceux que vous avez laissés ici. Toute ma lettre seroit pleine de compliments, si je le voulois.


Vendredi au soir.

J'ai appris chez Mme de Lavardin les nouvelles que je vous mande; et j'ai su par Mme de La Fayette qu'ils eurent hier une conversation avec Merlusine, dont le détail n'est pas aisé à écrire; mais enfin elle fut confondue et poussée à bout par l'horreur de son procédé, qui lui fut reproché sans aucun ménagement. Elle est fort heureuse du parti qu'on lui offre, et dont elle est demeurée d'accord: c'est de se taire très-religieusement et moyennant cela on ne la poussera pas à bout. Vous avez des amis qui ont pris vos intérêts avec beaucoup de chaleur; je ne vois que des gens qui vous aiment et vous estiment, et qui entrent bien aisément dans ma douleur. Je n'ai voulu aller encore que chez Mme de La Fayette. On s'empresse fort de me chercher, et de me vouloir prendre, et je crains cela comme la mort. Je vous conjure, ma chère fille, d'avoir soin de votre santé: conservez-la pour l'amour de moi, et ne vous abandonnez pas à ces cruelles négligences, dont il ne me semble pas qu'on puisse jamais revenir. Je vous embrasse avec une tendresse qui ne sauroit avoir d'égale, n'en déplaise à toutes les autres.

Le mariage de Mlle d'Haudancourt et de M. de Ventadour a été signé ce matin. L'abbé de Chambonnas a été nommé aussi ce matin à l'évêché de Lodève. Mme la Princesse partira le mercredi des Cendres pour Châteauroux, où Monsieur le Prince désire qu'elle fasse quelque séjour. M. de la Marguerie a la place du Conseil de M. d'Estampes qui est mort. Mme de Mazarin arrive ce soir à Paris; le Roi s'est déclaré son protecteur, et l'a envoyée quérir au Lys avec un exempt et huit gardes et un carrosse bien attelé.

Voici un trait d'ingratitude qui ne vous déplaira pas, et dont je veux faire mon profit, quand je ferai mon livre sur les grandes ingratitudes. Le Maréchal d'Albret a convaincu Mme d'Heudicourt, non seulement d'une bonne galanterie avec M. de Béthune, dont il avoit toujours voulu douter; mais d'avoir dit de lui et de Mme Scarron tous les maux qu'on peut imaginer. Il n'y a point de mauvais offices qu'elle n'ait tâché de rendre à l'un ou à l'autre, et cela est tellement avéré, que Mme Scarron ne la voit plus, ni tout l'hôtel de Richelieu. Voilà une femme bien abîmée; mais elle a cette consolation de n'y avoir pas contribué.






De Madame de Sévigné a Madame de Grignan

En París, viernes 6 de febrero de 1671.

Mi dolor sería muy mediocre si os lo pudiese describir; tampoco voy a intentarlo. Por más que busque a mi querida hija ya no la puedo encontrar, y todos los pasos que da la alejan de mí. Así pues, me fui a Santa María, siempre llorando, siempre muriéndome: me parecía que me arrancaban el corazón y el alma; y, en efecto, ¡qué ruda separación! Pedí la libertad de estar sola; y me llevaron a la habitación de Madame du Housset, encendieron el fuego; Agnès me miraba sin hablarme, era ese nuestro pacto; allí estuve hasta las cinco sin cesar de sollozar: todos mis pensamientos me hacían morir. Escribí a Monsieur de Grignan, podéis imaginaros en qué tono. Luego fui a casa de Madame de La Fayette quien duplicó mis dolores por la parte que tomaba en ellos. Se encontraba sola, y enferma, y triste por la muerte de una hermana religiosa: se encontraba como yo podía desearla. Monsieur de La Rochefoucauld llegó; se habló de vos, de la razón que yo tenía para estar conmovida, y de mi propósito de hablar como es debido con Merlusine. Os respondo de que será bien regañada. D'Hacqueville os hará un buen resumen de este asunto. Al fin, a las ocho, volví de la casa de Madame de La Fayette; pero al entrar aquí ¡Dios mío! ¿comprendéis lo que sentí al subir ese escalón? Esta habitación donde yo entraba siempre, ¡ay! encontré las puertas abiertas; pero vi todo sin muebles, todo en desorden; y vuestra pobre pequeña niña que me hacía acordar de la mía. ¿Comprendéis todo lo que sufrí? Los despertares de la noche fueron negros y a la mañana no había avanzado un paso en lo que concierne al reposo de mi alma. Las primeras horas de la tarde las pasé en el Arsenal con Madame de la Troche. Al final del día, recibí vuestra carta que me produjo los primeros éxtasis, y esta noche terminaré ésta en casa de Monsieur de Coulanges donde voy a recibir noticias vuestras; ya que en lo que a mí respecta, esto es todo lo que sé, junto con el dolor de todos aquellos que habéis dejado aquí. Toda mi carta estaría llena de elogios si yo lo quisiese.

Viernes por la noche.

Me enteré en casa de Madame de Lavardin de las noticias que os envío; y he sabido gracias a Madame de La Fayette que ayer tuvieron, junto con Monsieur de La Rochefoucauld, una conversación con Merlusine cuyos detalles no son fáciles de escribir; pero se siente, en fin, avergonzada y acusada por el horror de su conducta, cosa que le fue reprochada sin ninguna consideración. Se siente felicísima con lo que se le propone y ha estado de acuerdo con ello: es decir, callarse muy religiosamente, en recompensa de lo cual no la acusaremos más. Tenéis amigos que han defendido vuestros intereses con pasión: yo no veo sino gente que os ama y os estima, y que comprende fácilmente mi dolor. Hasta ahora sólo he querido ir a casa de Madame de La Fayette. Se dan mucha prisa en buscarme y en querer hacerme invitaciones, y yo temo eso como a la muerte. Os conjuro, mi querida hija, a ser cuidadosa con vuestra salud: conservadla por amor a mí, y no os abandonéis a esas crueles negligencias de las cuales no me parece que sea posible volver jamás. Os beso con una ternura que no podría hallar una que la iguale, aunque mucho les pese a todas las otras.

El casamiento de Mademoiselle d'Haudancourt y de Monsieur de Ventadour ha sido firmado esta mañana. El abate de Chambonnas ha sido nombrado, también esta mañana, al obispado de Lodève. La señora Princesa partirá el miércoles de ceniza para Châteauroux donde el señor Príncipe desea que ella haga una estadía. Monsieur de La Margerie obtuvo el puesto en el Consejo de Monsieur d'Estampes que ha muerto. Madame de Mazarin llega esta noche a París; el Rey se ha proclamado su protector y la ha mandado a buscar al Lys con un oficial y ocho guardias, y una carroza con buenos caballos.

He aquí un rasgo de ingratitud que no os desagradará y del cual sacaré provecho cuando haga mi libro sobre las grandes ingratitudes. El mariscal D'Albret ha demostrado que Madame d'Heudicourt es culpable no solamente de una buena historia amorosa con Monsieur de Béthune, de la cual él siempre insistió en dudar, sino también de haber dicho de él y de Madame Scarron todos los males que puedan imaginarse. No hay ningún mal servicio que no haya intentado brindarles tanto a uno como a la otra, y esto es tan cierto que Madame Scarron no la frecuenta más, ni nadie del hotel de Richelieu. He allí una mujer muy hundida; pero le queda la consolación de no haber contribuido para ello en nada.


Traducción de Miguel Ángel Frontán


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