viernes, 26 de febrero de 2010

Maurice Barrès: Las dos mujeres del burgués de Brujas



Les deux femmes du bourgeois de Bruges

Au temps de la Renaissance, il y eut, à Bruges, un riche bourgeois que ne distrayaient pas les grands festins où ses compatriotes s’amusent à beaucoup manger et à bouffonner. Il se fût plu au tir de l’arc, car sa vanité était flattée qu’on l’y proclamât roi, mais il ne sentait pas de plaisir réel à être admiré par les commères brugeoises. Et il était aussi un peu dégoûté de sa femme, quoiqu’elle lui fût fidèle et fraîche, mais j’ai vu son portrait, et c’était une petite Memling, scrupuleuse de tout ce qui gît au modeste enclos d’une vie régulière et nullement avertie des frivolités et des emportements qui seuls eussent contenté ce mélancolique désoeuvré.

Dans ces sentiments, il forma le voeu de voyager en Terre Sainte. C’était tout à la fois pour accomplir des choses sublimes et pour se distraire.

Il faut toujours rabattre de nos rêves ; le Flamand ne dépassa pas l’Italie, car une femme qui avait une beauté de ce pays et qui par là lui parut incomparable, retint sur ses seins nus la tête carrée de cet étranger. Elle avait été la maîtresse de Laurent de Médicis et, durant une nuit, du jeune Pic de La Mirandole. J’ai vu leurs portraits qu’avec elle, dans la suite, elle transporta en Flandre, et qui sont à Anvers, dans la maison Plantin. Laurent de Médicis est gros et sale comme un professeur de dessin, et La Mirandole a la figure pure et glacée d’un jeune juif élégant, gauche et cérébral.

Parfumée et vêtue de soie, cette Clorinde lisait à son amant l’Arioste, dont la magnificence aisée ajoutait encore à sa grâce voluptueuse, et la mélancolie du jeune homme, qui jusqu’alors tendait à la bouderie, devint une tristesse enivrée.

Quand ils eurent dissipé leurs ressources et jusqu’à leurs bijoux, le Flamand, pour qui c’était insupportable d’imaginer qu’un jour elle serait, loin de lui, vieille et pitoyable, la pria de l’accompagner dans les Flandres, où ils trouveraient l’abondance.

Clorinde, en même temps qu’elle enseignait son cher barbare à goûter toutes les belles choses, avait désappris de les aimer, et c’est de lui seul qu’il lui eût coûté de se séparer ; aussi accepta-t-elle ce pénible exil. Mais à mesure que leur voyage s’avançait, ils étaient bien tristes, car la nature devenait plus pauvre et ils allaient du côté de l’hiver.

Quand ils arrivèrent en vue de Bruges, ils comprirent l’un et l’autre qu’en franchissant ce dernier espace ils terminaient une partie de leur vie qui avait été leur jeunesse. La campagne était comme glacée de soleil, un faible soleil de midi qui tombait du ciel le plus gris. Le coeur de l’étrangère se serrait, car elle craignait qu’il l’aimât moins que sa vraie femme et qu’il la renvoyât. Et lui, d’autre part, à revoir les premières images dont s’étaient remplis ses yeux de petit garçon, s’apitoyait de l’idée qu’il mourrait un jour.

Ils atteignirent ainsi jusqu’au quai du Rosaire et s’accoudèrent au-dessus du petit étang qui baigne les basses maisons de brique çà et là teintées d’ocre. Son odeur fiévreuse leur rappelait le paradis de Venise. Ils regardaient ce miroir mélancolique encadré de l’herbe des béguines qui croît sur les vieilles pierres, et leur pensée allait avec cette eau froide se perdre sous les voûtes obscures. Le ciel était si près de tous ces petits toits bizarrement découpés, que le clocher de Notre-Dame semblait le toucher. Alors, sans doute, comme aujourd’hui, l’estaminet de la Vache avançait sur l’eau sa délicate et modeste terrasse, supportée par des colonnettes. Et peut-être aussi, comme je l’entendis, jouait-on de la musique triste sur le petit marché aux poissons. Il se tourna vers elle qui était tremblante et lui dit :

« En revenant avec vous à cet endroit d’où je suis parti avant que je vous connusse, je veux vous dire du profond de mon âme, mon amie, combien je vous dois de choses. Vous avez été bien bonne pour moi qui étais un vrai sauvage, et je me sens envers vous très reconnaissant. »

Elle fut si émue qu’elle, qui percevait toujours très finement les choses qui prêtent un peu au ridicule, elle eut les yeux pleins de larmes et elle lui répondit :

« Je ne sais pas comment cela se fait, mon ami, mais vous qui êtes parfois si dur et, je peux bien vous le dire, un peu grossier, vous trouvez parfois aussi des choses tellement délicates que personne ne vous vaut. Et soyez bien sûr que personne au monde ne compte pour moi, sinon vous. »

Et ils s’embrassèrent, moins comme deux amoureux que comme un frère et une soeur qui se sentent de même race, à ce point qu’ils mourraient sans effort l’un pour l’autre, convaincu chacun que sa vraie vie n’est pas en soi, mais dans l’autre.

Cependant ils arrivèrent à la maison du Flamand, où sa femme fut sincèrement contente de son retour, et quoique à voir cette confiance il fût apitoyé sur le tort qu’il lui avait fait, il ressentait cruellement ce que devait souffrir sa belle amie qui les regardait à quelques pas. Il les présenta l’une à l’autre : « Ma chère femme, embrassez cette étrangère, car c’est le plus grand bonheur de ma vie. C’est une infidèle que j’ai convertie durant ma croisade et que je ramène pour qu’elle ne retourne pas derrière moi à ses idoles. »

Alors le bruit se répandit dans Bruges que le noble pèlerin avait converti une infidèle et qu’il la ramenait, et tout le peuple lui offrit un banquet où il eut la place d’honneur, ayant à sa droite l’étrangère et à sa gauche sa femme. Il jouit beaucoup de voir comme on admirait la beauté brillante de son amante, mais l’un et l’autre pourtant étaient pensifs, ce qui les fit considérer par tout le monde comme deux saints.

Quand fut sonnée l’heure de prendre le repos, sa femme, qui avait perdu beaucoup de sa gaieté à le pleurer durant sa croisade, lui dit avec gravité : « Je suis bien fanée et bien déshabituée du plaisir, mon seigneur, il ne faut pas que vous veniez dans mon lit, mais je veux être la servante de celle à qui vous avez donné le Paradis, et je la prendrai avec moi pour la nuit. »

Clorinde était épouvantée à l’idée de reposer seule, tandis que celui qu’elle adorait serait dans les bras de sa femme ; aussi accueillit-elle cette solution avec un extrême bonheur. Il les aida l’une et l’autre à se déshabiller, puis prit place lui-même dans le second lit de la même pièce.

Ainsi vécurent-ils tous trois, et souvent, dans le long hiver des Flandres, comme le froid était rigoureux, l’une ou l’autre de ses femmes venait lui tenir compagnie.

Bruges est une ville voilée d’arbres et mirée dans des canaux, sur laquelle sans trêve fraîchit le vent du nord et sonne le carillon. Mais quand ils regardaient les cygnes frôler sans bruit les quais, ils se souvenaient que si Bruges a mis sur ses canaux ces cygnes glacés, Venise y met des femmes passionnées. L’un et l’autre aimaient que la nuit emplît d’ombre les trop minutieuses élégances de l’art flamand et ne laissât subsister que l’élan impérieux des masses architecturales. Sur la grande place des Halles, quand le soir faisait du beffroi simplifié une noble citadelle florentine, elle se rappelait les hommes hardis qui habitaient là-bas de durs palais analogues et qui les premiers l’avaient serrée dans leurs jeunes bras, et lui se souvenait aussi que sur les larges dalles des rues toscanes, des choses confuses avaient passionné son âme.

Ainsi ne pouvaient-ils, sans une douloureuse ivresse, se rappeler leurs jours d’Italie. Non point que ce temps, à tout prendre, eût été préférable aux lentes promenades qu’ils faisaient maintenant dans la brume de la mer du Nord et aux soirées qu’ils passaient derrière les vitres à reflets métalliques de la rue aux Oies ! Mais leur caractère était de repousser la médiocrité, tandis que la Flamande se contentait, si elle leur avait préparé un bon repas ou bien chauffé la maison.

Philippe mourut d’une maladie de coeur et ses deux femmes, comme on disait à Bruges, firent de la peine à tous ; mais, quoique son épouse lui donnât de grands témoignages, sa douleur n’approcha pas du sentiment de l’infidèle. Elle perdait celui qui lui avait fait connaître la vérité.

Cette belle personne entra aux Rédemptoristines, que le peuple nomme les Soeurs rouges, parce qu’elles sont vêtues de chemises et de bas en soie rouge. Encore qu’elle voulût faire pénitence, elle se condamnait à n’envelopper que de soie son beau corps, précisément pour expier les voluptés que jadis elle avait connues, hors des bras de son mort. A chacun de ses pas le froissement de la soie lui rappelait ses affreux péchés.

On dit qu’elle voulu mourir la première, pour être quelques instants encore couchée seule avec lui dans la tombe.

L’autre femme vécut fort longtemps dans le béguinage où elle s’était retirée. J’y suis allé chercher leur mémoire. Rien ne saurait que la douceur mouillée de ce mot « béguinage » évoquer ces eaux qui entraînent des algues, ces saules déchevelés, ce tiède soleil adoucissant la teinte des briques, le souffle léger de la mer, le carillon argentin et la tristesse de cet enclos où elle continua sa pauvre vie qui n’avait jamais été qu’une demi-vie. Par-dessus les maisons basses, rien ne pénètre cet endroit désert, ni les appels de la volupté, ni les bruits de l’opinion. Mais de l’amour et de la vanité emplissant le monde, qu’avait-elle jamais su ? Rien ne fleurissait en son âme qui fût plus compliqué qu’en la cour du béguinage, carré irrégulier tendu d’une prairie que coupent d’étroits sentiers et d’où montent, comme des palmes de Pâques, de longs peupliers frêles.

Ses derniers voeux de petite vieille furent qu’on l’ensevelit aux pieds des deux siens, et cela ne surprit personne, car on les tenait pour des bienheureux. Elle voulait aussi qu’on la figurât en bronze sur leur tombe, à leurs pieds et en place du chien de fidélité qu’on y place pour l’ordinaire. Mais cette modestie parut excessive et contraire au sentiment de famille ; aussi dans l’église les voit-on installés tous trois comme des pairs, côte à côte, et tenant chacun la banderole sur laquelle sont inscrites les pieuses paroles qu’elle avait choisies : « Marthe, Marthe, pourquoi vous agitez-vous ? Marie a choisi la meilleure part. »

Pour moi, je proteste contre cette négligence où l’on tint sa juste volonté, je m’oppose à cette injurieuse égalité où la voilà haussée malgré elle ! Et quand tout le monde loue les misérables primitifs, tous les Memling et toutes les vertus assoupies, je magnifie la splendeur italienne, la passion qui ne sommeille pas et qui a les gestes de la passion : la passion active.

Ah ! s’il eût dépendu de moi, celle qui naquît pour être servante serait dans l’éternité couchée aux pieds de ses maîtres. Dieu n’eût pas fait naître en Flandre une âme dont il eût pu faire une Vénitienne ! Que la petite Flamande se contente d’être estimée ! nous n’aimons et n’honorons que la chère rédemptoriste, et si je m’émeus dans un béguinage, c’est que, du fond de la médiocrité, je me retourne plus ardemment encore vers les magnificences de la passion tendre et décorative.

MAURICE BARRÈS


Las dos mujeres del burgués de Brujas

En los tiempos del Renacimiento, había en Brujas un rico burgués al que no lo distraían los grandes festines en los que sus compatriotas se entretienen con atracones y bufonerías. Hubiese disfrutado con el tiro al arco ya que el hecho de que lo proclamasen rey habría halagado su vanidad, pero ser admirado por las comadres de Brujas no le producía un verdadero placer. Y también se sentía un poco cansado de su mujer, a pesar de que le fuese fiel y fresca, pero yo he visto su retrato y se trataba de una pequeña Memling, escrupulosa en cuanto a todo lo que yace entre los modestos muros de una vida regular y nada al tanto de las frivolidades y de los frenesíes que sólo hubiesen podido contentar a ese melancólico ocioso.

Fue con tales sentimientos que él concibió el propósito de ir a Tierra Santa. Se trataba, al mismo tiempo, de realizar cosas sublimes y de distraerse.

Hay que aceptar que nuestros sueños no se realicen nunca plenamente; el flamenco no pasó de Italia, ya que una mujer que tenía la belleza de aquel país y que le pareció por eso incomparable, retuvo sobre sus pechos desnudos la cabeza cuadrada del extranjero. Había sido la amante de Lorenzo el Magnífico y, durante una noche, del joven Pico Della Mirandola. He visto los retratos que luego se llevó consigo a Flandes y que se encuentran en Amberes en la que fue la casa de Christofle Plantin. Lorenzo de Médicis aparece gordo y sucio como un profesor de dibujo y Della Mirandola tiene el rostro puro y helado de un joven judío elegante, torpe y cerebral.

Perfumada y vestida de seda, esta Clorinda leía a su amante páginas del Ariosto cuya natural magnificencia aumentaba aún su gracia voluptuosa; y la melancolía del muchacho que hasta entonces lo inclinaba al mal humor se transformó en una embriagada tristeza.

Una vez disipados sus recursos y hasta las joyas, el flamenco al que era insoportable imaginar que un día ella se encontraría lejos de él, vieja y lastimera, le suplicó que lo acompañase a Flandes donde ambos podrían encontrar la abundancia.

Clorinda, al mismo tiempo que enseñaba a su querido bárbaro a disfrutar de las bellas cosas, había aprendido a amarlas menos, y era solamente de él que le hubiese costado separarse; así fue como aceptó ese penoso exilio. Pero a medida que avanzaban en su viaje se sentían más tristes porque la naturaleza se hacía más pobre y porque ambos iban del lado del invierno.

Cuando llegaron a la vista de Brujas, se dieron cuenta de que al dar fin a ese último trecho terminaban esa parte de sus vidas que había sido la juventud. El campo parecía congelado por el sol, un débil sol de mediodía que caía del cielo más gris que pueda concebirse. El corazón de la extranjera se acongojaba ya que temía ser menos querida que la verdadera esposa y que él se deshiciese de ella. Y él, por otra parte, al volver a ver las imágenes que habían llenado sus ojos de niño, se apenaba ante la idea de morirse un día.

Llegaron así hasta el muelle del Rosario y se acodaron sobre el pequeño estanque que baña las casas bajas de ladrillo en partes teñidas de ocre. El olor afiebrado les recordaba el paraíso de Venecia. Miraban ese espejo melancólico bordeado por las hierbas de las beguinas que crece sobre las viejas piedras y sus pensamientos se iban con el agua fría a perderse debajo de las obscuras bóvedas. El cielo se hallaba tan cerca de todos esos pequeños tejados tan extrañamente recortados que el campanario de Nuestra Señora parecía tocarlo. Entonces como hoy, sin duda, la taberna de la Vaca avanzaba sobre el agua su delicada y modesta terraza sostenida por pequeñas columnas. Y, quizás, como yo lo oí, tocaban una música triste en el mercadito de los pescados. El se volvió hacia ella que temblaba y le dijo:

“Al volver contigo a este lugar que dejé antes de conocerte, quiero decirte, amiga mía, desde el fondo del alma, todo lo que te debo. Fuiste muy buena conmigo cuando yo era un verdadero salvaje y siento hacia ti un profundo reconocimiento.”

Tan emocionada se sintió que a ella que percibía siempre con agudeza todo lo que ligeramente se presta al ridículo se le llenaron los ojos de lágrimas y le respondió:

“No sé cómo es eso, amigo mío, pero tú que eres a veces tan duro y, seguramente puedo decírtelo, un poco grosero, hallas cosas tan delicadas para decir que no se podría compararte a nadie. Y ten por muy cierto que para mí nadie cuenta en el mundo fuera de ti.”

Y se abrazaron, no tanto como dos enamorados que como hermanos que se sienten de misma raza, a tal punto que morirían sin esfuerzo el uno por el otro, cada uno convencido que su verdadera vida no reside en sí mismo sino en el otro.

Entretanto llegaron a la casa del flamenco donde su mujer se sintió sinceramente contenta con su retorno, y aunque al ver su confianza se sintiese apenado por no haberle sido fiel, sentía intensamente cuánto debía sufrir su hermosa amiga que los miraba a unos pasos de ellos. Las presentó mutuamente: “Mi querida mujer, abraza a esta extranjera porque es la mayor dicha de mi existencia. Es una infiel que convertí durante mi cruzada y que traigo conmigo para evitar que retorne a sus ídolos.”

Entonces el rumor corrió en toda Brujas que el noble peregrino había convertido a una infiel y que la traía consigo, y el pueblo entero le ofreció un banquete de honor en el que la extranjera se sentó a su derecha y su mujer a su izquierda. El disfrutó mucho al ver cuanto era admirada la belleza brillante de su amante, pero tanto el uno como el otro se hallaban pensativos lo que hizo que todo el mundo los considerase como dos santos.

Cuando llegó la hora de entregarse al descanso, su mujer que había perdido mucho de su alegría llorándolo durante su cruzada, le dijo con gravedad: “Estoy muy marchita y muy desacostumbrada al placer, señor mío, tú no debes acudir a mi lecho, pero yo quiero ser la sirvienta de la mujer a la que les has dado el Paraíso y quiero que ella permanezca junto a mí durante la noche.”

Clorinda se sentía aterrada con la idea de dormir sola mientras el hombre que amaba estaría en los brazos de su mujer, por lo que recibió esa solución con una inmensa dicha. El las ayudó a ambas a desvestirse, luego de lo cual se acostó en la segunda cama de la misma pieza.

Así vivieron los tres juntos y, a menudo, durante el largo invierno de Flandes, como el frío era intenso, una u otra de sus mujeres iban a hacerle compañía.

Brujas es una ciudad velada por los árboles y que se refleja en los canales, sobre la que, sin tregua, pasa el viento frío del norte y suena el carillón. Pero cuando ambos miraban los cisnes rozar los muelles en silencio recordaban que si Brujas puso en sus canales esos cisnes helados, Venecia pone en los suyos mujeres apasionadas. Ambos amaban que la noche llenase de sombras las elegancias demasiado minuciosas del arte flamenco y no dejase subsistir más que el impulso imperioso de las masas arquitecturales. En la gran plaza del mercado, cuando la noche hacía de la torre municipal simplificada una noble ciudadela florentina, ella se acordaba de los hombres audaces que habitaban allá lejos en duros palacios análogos y que habían sido los primeros en estrecharla entre sus jóvenes brazos, y él se acordaba, también, de como sobre las anchas piedras de las calles toscanas, cosas confusas habían apasionado su alma.

Es así que no les era posible, sin una dolorosa ebriedad, acordarse de sus días en Italia. No que, después de todo, ese tiempo fuese preferible a los largos paseos que hacían ahora en la bruma del mar del norte y a las tardes transcurridas detrás de los cristales con reflejos metálicos de la Rue aux Oies. Pero su carácter consistía en rechazar la mediocridad, en tanto que la flamenca se sentía satisfecha si les había preparado una buena comida o si había logrado calentar bien la casa.

Philippe murió de una enfermedad del corazón y sus dos mujeres, como se decía en Brujas, dieron pena a todos; pero aunque su esposa diese grandes muestras de congoja, su dolor no pudo compararse con los sentimientos de la infiel. Ella perdía al que le había hecho conocer la verdad.

Esa hermosa mujer ingresó en la congregación de las Redentoristas a las que el pueblo conoce como las Hermanas Rojas porque llevan blusas y medias de seda roja. A pesar de su deseo de hacer penitencia, se condenó a envolver con seda su bello cuerpo, precisamente para expiar los placeres que había conocido antaño, fuera de los brazos de su muerto. A cada paso que daba, el susurro de la seda le traía a la memoria sus atroces pecados.

Se dice que fue ella la que quiso morir primera, afin de estar sola, unos instantes más, acostada con él en la tumba.

La otra mujer vivió por largo tiempo en el beguinaje al que se había retirado. Allí fui para evocar su memoria. Nada, fuera de la dulzura mojada de esa palabra “beguinaje”, podría evocar esas aguas que arrastran algas, esos sauces desmelenados, ese sol tibio que suaviza el tono de los ladrillos, el soplo ligero del mar, el carillón argentino y la tristeza de ese recinto en el que ella continuó con su pobre vida que no había sido nunca sino una media vida. Por encima de las casas bajas, nada penetra en ese lugar desierto, ni las llamadas del placer ni los ruidos de la opinión. Pero del amor y de la vanidad que llenan el mundo, ¿qué había ella sabido jamás? Nada florecía en su alma que fuese más complicado que en el patio del beguinaje, cuadrado irregular cubierto por un jardín cruzado por caminos estrechos, del que se elevan, como palmas de Pascuas, largos álamos frágiles.

Sus últimos deseos de viejecilla fueron que la enterraran al pie de sus dos muertos, y ello no sorprendió a nadie pues todos los consideraban ya como almas bienaventuradas. También pedía que se la representase en bronce sobre la tumba, en el lugar que, generalmente, es ocupado por un perro fiel. Pero tal modestia pareció excesiva y contraria al espíritu de familia; es así como en la iglesia se los ve instalados los tres juntos como iguales, cada uno sosteniendo la banderola en la que están inscritas las piadosas palabras que ella eligió: “Marta, Marta, ¿por qué te agitas? María eligió la mejor parte.”

Por lo que a mí respecta, yo protesto contra la negligencia de la que fue víctima su justo deseo y me opongo a esa injuriosa igualdad con la que se la exalta a su pesar. Y cuando todo el mundo ensalza los pobres primitivos, todos los Memlings y todas las virtudes adormecidas, yo celebro el esplendor italiano, la pasión que no duerme y que posee los gestos de la pasión: la pasión activa.

Si hubiese, ay, dependido de mí, la que nació sirvienta estaría acostada para la eternidad al pie de sus señores. Dios no hubiese hecho nacer en Flandes un alma con la que hubiera podido hacer una veneciana. Que la pequeña flamenca se contente con ser estimada, nosotros sólo amamos y honramos a la querida redentorista; y si un beguinaje me emociona es que desde el fondo de la mediocridad retorno, más ardientemente aún, a las magnificencias de la pasión tierna y decorativa.


Traducción de Miguel Ángel Frontán.



martes, 23 de febrero de 2010

lunes, 22 de febrero de 2010

Hector Berlioz: Una visita a Pulgarcito



Une visite à Tom-Pouce

La scène représente… un provincial français extrêmement naïf, qui se dit grand amateur de musique, et, à ce titre, se désespère de n’avoir pu assister aux soirées données par le nain Tom-Pouce. Il sait que phénomène lilliputien a fait les délices de la capitale française pendant un nombre de mois indéterminé ; il a entrepris le voyage de Paris uniquement pour admirer le petit général qu’on dit si spirituel, si gracieux, si galant ; et le malheur veut que les représentations de ce prodige soient en ce moment interrompues. Comment faire ?… Une lettre de recommandation dont notre provincial est pourvu lui ouvre le salon d’un artiste célèbre par son talent de mystification. À l’énoncé de la déconvenue de l’admirateur de Tom-Pouce, l’artiste lui répond : En effet, monsieur, je conçois que pour un ami des arts tel que vous, ce soit un cruel désappointement… Vous venez de Quimper, je crois ? —De Quimper-Corentin, monsieur. —Faire sans fruit un pareil voyage… Ah ! attendez ! il me vient une idée ; Tom-Pouce, à la vérité, ne donne plus de représentations, mais il est à Paris ; et, parbleu, allez le voir, c’est un gentilhomme, il vous recevra à merveille. —Oh ! monsieur, que ne vous devrai-je pas, si je puis parvenir jusqu’à lui ! j’aime tant la musique ! —Oui, il ne chante pas mal. Voici son adresse : rue Saint-Lazare, au coin de la rue de La Rochefoucauld, une longue avenue ; au fond, la maison où Tom-Pouce respire ; c’est un séjour sacré qu’habitèrent successivement Talma, mademoiselle Mars, mademoiselle Duchesnois, Horace Vernet, Thalberg, et que Tom-Pouce partage maintenant avec le célèbre pianiste. Ne dites rien au concierge, montez jusqu’au bout de l’avenue, et, suivant le précepte de l’Évangile, frappez et l’on vous ouvrira. —Ah ! monsieur, j’y cours ; je crois le voir, je crois déjà l’entendre. J’en suis tout ému… C’est que vous n’avez pas d’idée de ma passion pour la musique.

Voilà l’amateur pantelant qui court à l’adresse indiquée ; il monte, il frappe d’une main tremblante ; un colosse vient lui ouvrir. Le hasard veut que Lablache, qui habite son gendre Thalberg, sorte à l’instant même. —Qui demandez-vous, monsieur ? dit-il à l’étranger l’illustre chanteur. —Je demande le général Tom-Pouce. —C’est moi, monsieur, réplique Lablache avec un foudroyant aplomb et de sa voix la plus formidable. —Mais… comment… on m’avait dit que le général n’était pas plus haut que mon genou, et que sa voix charmante… ressemblait… à celle… des… cigales. Je ne reconnais pas… —Vous ne reconnaissez pas Tom-Pouce ? c’est pourtant moi, monsieur, qui ai l’honneur d’être cet artiste fameux : Ma taille et ma voix sont bien ce qu’on vous a dit ; elles sont ainsi en public, mais vous comprenez que quand je suis chez moi je me mets à mon aise.

Là-dessus, Lablache de s’éloigner majestueusement, et l’amateur de rester ébahi, rouge d’orgueil et de joie, d’avoir vu le général Tom-Pouce en particulier et dans son entier développement.

(Les soirées de l'orchestre)

HECTOR BERLIOZ



Una visita a Pulgarcito (1)

La escena representa a un provinciano francés sumamente ingenuo que dice ser un gran amante de la música y como tal se siente desesperado por no haber podido asistir a las funciones ofrecidas por el enano Pulgarcito. Sabe que ese fenómeno liliputiense ha deleitado a la capital francesa durante algunos meses; emprendió el viaje a París únicamente para admirar al pequeño general que, dicen, es tan ocurrente, tan encantador, tan galante; y quiere la desgracia que las actuaciones de ese prodigio estén interrumpidas por el momento. ¿Cómo hacer?... Una carta de recomendación que trae nuestro provinciano le abre las puertas de un artista célebre por su talento de bromista. Al enterarse del chasco sufrido por el admirador de Pulgarcito, el artista le responde:

—En efecto, señor, imagino que para un amigo de las artes como usted esto sea una cruel desilusión... Usted viene de Quimper, ¿no es cierto?

—De Quimper-Corentin, señor.

—Hacer semejante viaje para nada... ¡Ah!, espere, se me ocurre una idea. Pulgarcito, en realidad, ya no dará más funciones, pero se encuentra en París; caramba, vaya a verlo, es un caballero, lo recibirá espléndidamente.

—¡Ay, señor, qué deuda tendré con usted, si puedo llegar hasta él! ¡Amo tanto la música!

—Sí, canta bastante bien. Aquí tiene su dirección: Rue Saint-Lazare, en la esquina de la Rue de la Rochefoucauld, una larga alameda; al final está la casa en que respira Pulgarcito; es una morada sagrada en la que vivieron, sucesivamente, Talma, Mademoiselle Mars, Mademoiselle Duchesnois, Horace Vernet, Thalberg, y que Pulgarcito comparte ahora con el famoso pianista. No le diga nada al portero, vaya hasta el final de la alameda y, siguiendo el precepto del Evangelio, llame y le abrirán.

—¡Ah, señor, voy corriendo! Me parece que ya lo veo, que ya lo oigo. Estoy muy conmovido... Usted no tiene idea de mi pasión por la música.

Y el jadeante aficionado corre a la dirección indicada, va hasta el final de la alameda, y llama con mano temblorosa; un gigante le abre la puerta. La casualidad dispone que Lablache que vive con su yerno Thalberg salga en ese instante.

—¿A quién busca, señor? —le dice al extraño el cantante ilustre.

—Busco al general Pulgarcito.

—Soy yo, señor —replica Lablache con un aplomo fulminante y con su voz más formidable.

—Pero... cómo... Me habían dicho que el general apenas si me llega a las rodillas, y que su voz encantadora... se parece... a la... de las... cigarras... No lo reconozco...

—¿No reconoce a Pulgarcito? Sin embargo, señor, soy yo quien tengo el honor de ser ese artista famoso. Mi altura y mi voz son realmente las que le han dicho; son así en público, pero usted podrá entender que cuando estoy en casa me pongo cómodo.

Con esto, Lablache se alejó majestuosamente y el aficionado se quedó allí boquiabierto, ruborizado de orgullo y de alegría de haber visto al general Pulgarcito en privado y en todo su desarrollo.

Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

Nota: Se trata del célebre Charles Sherwood Stratton (1838-1883), conocido por su apodo General Tom Thumb, actor cómico y cantante, una de las mayores atracciones del Circo Barnum. A los catorce años su estatura era de sesenta y cuatro centímetros.

sábado, 20 de febrero de 2010

Hector Berlioz: Una decisión irrevocable

Hector Berlioz fue, como es sabido, un gran músico, pero también un gran escritor. Este aspecto, injustamente, es mucho menos conocido, sobre todo en castellano. Ya Barbey d’Aurevilly escribió en su momento: “Las obras de Berlioz están allí para dar testimonio de su genio, pero solamente la vida contada en sus Memorias, o tomada de la fuente de sus cartas, que es más profunda y brota más inmediatamente, puede dar testimonio de su alma entera.” No sólo sus Memorias y su epistolario dan la medida de su talento de escritor; el texto que sigue está tomado de su delicioso libro Les soirés de l’orchestre, en el que mezcla, con gran originalidad, relatos, crítica musical, sátiras y humoradas.


Une décision irrévocable

Un malheur sérieux vient de nous frapper à Paris, et vous serez bien heureux de ne pas en ressentir le contre-coup. Z..., ce grand insulteur de l'art et des artistes, désespéré d'avoir, par un coup de bourse, perdu les trois quarts de l'énorme fortune qu'il avait amassée, vous savez comment, n'a pu résister à une tentation de suicide. Il a fait son testament, légué, dit-on, ce qui lui restait à la directrice d'une maison d'éducation pour les filles jeunes, et, ce pieux devoir rempli, s'est acheminé vers la place Vendôme où il s'est fait ouvrir la porte de la colonne. Parvenu sur la galerie qui couronne le sommet du monument, il a quitté son chapeau, sa cravate, ses gants, je tiens ces affreux détails du gardien de la colonne, il a jeté un regard calme sur l'abîme ouvert autour de lui, puis s'éloignant de quelques pas de la balustrade, comme pour mieux prendre son élan, il a brusquement renoncé à son projet.

(Les soirées de l'orchestre)

HECTOR BERLIOZ



Una decisión irrevocable

Una tremenda desgracia acaba de abatirse sobre nosotros en París, y ustedes podrán considerarse dichosos si no se ven afectados por ella. Z..., ese gran denostador del arte y de los artistas, desesperado por haber perdido, a causa de un revés de la Bolsa, las tres cuartas partes de la inmensa fortuna que había amasado, ya saben cómo, no pudo resisitir a la tentación de suicidarse. Hizo su testamento, legó, según se dice, lo que le quedaba a la directora de una casa de educación para muchachas jóvenes, y, una vez cumplido con ese piadoso deber, se dirigió a la Plaza Vendôme, donde hizo que le abriesen la puerta de la columna. Habiendo llegado a la galería que corona la cúspide del monumento, se quitó el sombrero, la corbata, los guantes —le debo estos horrendos detalles al guardián de la columna—, echó una mirada serena al abismo que se abría en torno a él, y luego, alejándose algunos pasos de la barandilla, como para tomar más impulso, bruscamente renunció a su proyecto.

Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

martes, 16 de febrero de 2010

Léon Bloy: Una mártir


UNA MÁRTIR

—De modo, señor yerno mío, que es cierto que ninguna consideración religiosa podría influir sobre su alma. Usted no esperará siquiera hasta mañana para hacer sus porquerías, ya me voy dando cuenta. No tendrá compasión alguna de esta pobre niña, criada hasta el día de hoy con la pureza de los ángeles, y que usted va a empañar con su aliento de reptil. En fin, que se cumpla tu voluntad, ¡Dios mío!, y que tu nombre sea bendecido por los siglos de los siglos!

—Amén, respondió Georges mientras encendía un cigarro. —Se lo digo por última vez, querida suegra: le guardo a usted un agradecimiento eterno. Confío infinitamente en sus plegarias y no olvidaré, créame, sus exortaciones. Buenas tardes.

El tren se ponía en marcha. Madame Durable, de pie en el andén, miró alejarse el rápido que se llevaba a los recién casados hacia las tierras del Mediodía.

Agitada aún por las emociones de esa jornada, pero con los ojos tan secos como una pieza esmaltada que sale del horno, golpeteaba nerviosamente en el suelo con la punta de su paraguas.

Haciendo con rabia el cálculo de inmolaciones y de sacrificios, esta alma abnegada se decía que era verdaderamente muy duro haber vivido exclusivamente, durante veinte años, para esta hija ingrata que la abandonaba así, desde la primera hora de su matrimonio, para seguir a un extraño manifiestamente desprovisto de pudor que iba seguramente a profanarla, sin esperar más, con sus toqueteos impúdicos.

—¡Ah, sí, sin duda! ¡Es una dicha tener hijos! Piense, señor, —casi inconscientemente se dirigía al subjefe de la estación, que se le había acercado para exhortarla cortésmente a desaparecer, — piense que una los trae al mundo entre dolores abominables que usted no puede imaginar, que los cría en el temor de Dios, que trata de hacerlos parecidos a los ángeles para que sean dignos de cantar indefinidamente al pie del Cordero. Una ruega por ellos sin descanso noche y día, durante un tercio de la vida. Una se inflige a sí misma, por el bien de estas almitas tiernas, penitencias que hacen temblar de sólo pensar en ellas. ¡Y mire qué recompensa! ¡Qué recompensa! Desechada, tirada al piso como un harapo, como una peladura de papa, tan pronto como aparece un granuja a quien una tuvo la estúpida idea de recibir, porque parecía un buen cristiano, y que abusó de inmediato de esa oportunidad para mancillar un corazón inocente, para sugerir visiones impuras, para hacer creer, si me atrevo a decirlo, a una joven criada en la más sana ignorancia, que las sucias caricias de un esposo carnal le darían una dicha más viva que las castas efusiones del cariño de una madre... ¡Y ya ve usted lo que ocurre, señor; usted podrá dar testimonio el día del Juicio Final! Aquí me dejan, abandonada, traicionada, sola en el mundo, sin consuelo y sin esperanza. Póngase Ud. en mi lugar.

—Señora, respondió el empleado, —puede Ud. creer que me apiado de su dolor. Pero es mi deber hacerle observar que las exigencias del servicio me impiden permitirle permanecer por más tiempo en este sitio. De modo que le ruego, con gran pesar, que tenga a bien retirarse.

La madre dolorosa, así despedida, desapareció, no sin antes haber puesto al cielo, por última vez, como testigo de la inmensidad de su pena.

***

Madame Virginie Durable, Mucus de soltera, pertenecía al tipo nunca bien admirado de la mártir.

Era, incluso, una mártir de Lyon y, en consecuencia, la harpía más atroz que se pueda imaginar.

La habían entregado, desde su infancia, a los verdugos más crueles, y no había conocido jamás el bálsamo del consuelo humano. Ella misma, por lo demás, ponía regularmente el universo al tanto de sus tormentos.

Treinta años antes, cuando el señor Durable, actuelmente vendedor de ostras jubilado, desposó a este holocausto, apenas sospechaba, el pobre hombre, la espantosa responsabilidad de torturador que asumía.

No tardó en saberlo e, incluso, a causa de esto, se puso completamente chocho.
Independientemente de lo que pudiera hacer o decir, no logró nunca, ni una sola vez, no ser criminal, no pisotear el corazón de su mujer, no clavarle espinas o puñales.

Virginia era una de esas adorables criaturas que «han sufrido tanto», que no pueden encontrar a un sólo hombre que sea digno de ellas, que nadie puede ni comprender ni consolar y a quienes faltan brazos para alzar al cielo.

Hacía gala, demás está decirlo, de una piedad sublime que hubiera sido ridículo pretender admirar lo bastante y que a ella misma la dejaba invariablemente perpleja.

En una palabra, fue una esposa irreprochable, ¡ah, Dios santo!, y que debía atraer infaliblemente las bendiciones más inusuales sobre el comercio de un malvado imbécil que no comprendía su felicidad.

Un día, algunos años después de la boda, cuando la mártir era joven aún y, según dicen, bastante apetitosa, el odioso personaje la sorprendió en compañía de un caballero no muy vestido.

Las circunstancias eran tales que hubiera hecho falta ser, no sólo ciego, sino aun sordo como la muerte, para guardar la más leve duda.

La austera devota que le ponía los cuernos con un entusiasmo evidentemente compartido, no tenía suficientes conocimientos literarios como para valerse de la frase de Ninon, pero lo que hizo fue casi igualmente bello.

Avanzó hacia él, el seno al aire, y con una voz muy dulce, una voz profundamente grave y dulce, le dijo a este hombre estupefacto:

— Amigo mío, estoy tratando con el señor Conde ciertos asuntos privados. Así que, por favor, vaya a atender a sus clientes.

Después de lo cual, cerró la puerta.

Así terminó todo. Dos horas más tarde, le daba a entender a su marido que en adelante no debería dirigirle la palabra como no fuera en caso de extrema urgencia, ya que estaba cansada de tener que descender hasta su alma mercantil, y se sentía, en verdad, muy digna de lástima por haber sacrificado sus esperanzas de muchacha virgen a un rústico sin ideales que cometía la falta de delicadeza de espiarla.

Como era hija de un oficial de Justicia, no dejó, en esta circunstancia, de recordarle la superioridad de sus orígenes.

A partir de ese día la cristiana de los primeros siglos no volvió a caminar sin una palma y la existencia se volvió un infierno, un lago de profunda amargura, para el pobre cornudo domado que se puso a beber y que se volvió lo bastante idiota como para ser, razonable y caritativamente, recluido en un asilo.

Por a una increíble suerte, la educación de Mademoiselle Durable había sido mejor de lo que hubiese podido hacer suponer la coyuntura.

Es cierto que su virtuosa madre, dedicada sin descanso al embrutecimiento del señor Durable y entregada a oscuras farsas, se había ocupado muy poco de ella, y pronto la había abandonado a la mercenaria vigilancia de las religiosas de la Escalera de Pilato quienes, por milagro, cumplieron concienzudamente con su misión.

La joven, con una dote suficiente y presentable desde todo punto de vista, aferró con presteza la primera ocasión de matrimonio que se le presentó en cuanto hubo comprendido la ridiculez y la malicia execrable de esa perra vieja que se transformó entonces en suegra por un decreto misterioso de la terrible Providencia.

Todos admiramos el coraje del joven marido.

La ceremonia acababa de terminar, cuando éste, de carácter muy independiente, declaró su firme voluntad de alejarse de inmediato con su mujer en un tren rápido. Todo el mundo pudo ver que esta resolución, tal vez concertada, no afligía en los más mínimo a la joven novia, la que no había parecido otorgar más que una vaga atención a los gemidos o a los reproches maternos. Madame Durable sofocada por la más generosa de las indignaciones había vuelto a su casa solitaria meditando las peores venganzas.

Pero no. La palabra venganza no era la adecuada. De lo que se trataba era de castigar.

Esa madre ultrajada tenía el derecho de castigar. Tenía incluso el deber de hacerlo, para que no perdiese validez el cuarto mandamiento de la ley divina.

En consecuencia, todos los medios eran buenos y la intención piadosa perfumaría las más venenosas intrigas.

Con el fin de poner en práctica tan loable propósito, la mártir, en adelante, se las arregló para lograr, por medio de cualquier treta y de cualquier artimaña, el deshonor de su yerno y el deshonor de su hija.

Al primero lo acusó de vicios monstruosos, de costumbres infames que fueron certificadas por abominables testigos. La joven esposa recibió cartas que podrían haber sido enviadas desde Sodoma. La Culata le envió sus pésames y el Nene Dedo-Grueso le hizo saber que «esto no quedaría así». Un torrente de basuras cubrió el lecho conyugal de los nuevos esposos.

Por su parte, el marido fue acosado por un número infinito de mensajes anónimos o firmados con seudónimos, de formas distintas, pero siempre untuosos y saturados de la más afable tristeza, que, con precaución, le abrían los ojos sobre el sucio pasado de su compañera, cuyo solo aliento había podrido cincuenta muchachas en los dormitorios del pensionado y que, con la dote, no había podido ofrecerle más que la baja y rudimentaria virginidad de su cuerpo.

Nada podía compararse a la maldad diabólica, a la habilidad infernal que movía todos los hilos de esta intriga de imposturas, que suministraba así, cada día, los venenos espantosos del infanticidio.

Aquello duró más de seis meses. Los desdichados que no habían querido responder, al principio, sino con un profundo desprecio, pronto fueron presa del horror ante una persecución tan tenaz.

Supieron que cartas que procedían de la misma desconocida fuente se dispersaban a su alrededor en los hoteles, entre los patrones y los domésticos y entre ciertos notables de las ciudades y pueblos que atravesaban huyendo.

Los atenazó una angustia pánica; desgarrados por irreparables sospechas que ellos, vanamente, sabían absurdas, terminaron precipitándose en una cloca de melancolía.

Ya no comieron ni durmieron y sus almas se perdieron en los pálidos abismos en donde se diluye la esperanza.

Un día, al fin, murieron juntos a la misma hora y en el mismo lugar sin que se haya podido saber precisamente de qué manera habían dejado de sufrir.

La madre, que los seguía como un tiburón, hizo constatar el suicidio para que de ninguna manera se les pudiese dar la sepultura de los cristianos.



Ella es, cada vez más, la Mártir y cada día se eleva con extrema facilidad hasta el tercer cielo, y cada noche, a última hora, le toca la campana — según reza la crónica de la calle de Constantinopla — a un robusto ayuda de cámara.

Traducción de Miguel Ángel Frontán.

miércoles, 3 de febrero de 2010

Paul Léautaud: Su más caro recuerdo


J’ai besoin d’un lit. J’ai parlé à la bonne de la maison. Le propriétaire pourra m’en vendre un. Il vient de perdre sa femme. Il faut attendre quelques jours pour le voir.
J’ai vu le propriétaire. Une sorte de Tartuffe, bien soixante-dix ans, la barbe en éventail, onctueux de voix et de manières, parlant les yeux baissés et les mains croisées sur son ventre. Il m’a mené dans une pièce du rez-de-chaussée, sorte de remise à meuble. Je vois un lit qui m’allait. Combien ? Cinquante francs. À côté, un autre. Seule différence : plus frais. Combien ? « Oh ! celui-là, c’est le lit dans lequel ma pauvre femme est morte. Je ne pourrai vous le donner à moins de quatre-vingts francs »

PAUL LÉAUTAUD, Journal, 27 avril 1899.


Necesito una cama. Hablé con la sirvienta de la casa. El propietario podrá venderme una. Acaba de perder a su mujer. Hay que esperar unos días para verlo.
Vi al propietario. Una especie de Tartufo, setenta años por lo menos, con la barba en abanico, untuoso de voz y de gestos, que habla con los ojos bajos y las manos cruzadas sobre el vientre. Me condujo a una pieza de la planta baja, una especie de depósito de muebles. Veo una cama que me conviene. ¿Cuánto? Cincuenta francos. Al lado, otra. Única diferencia: más nueva. ¿Cuánto? “¡Ah, esa es la cama en que murió mi pobre mujer! No podré dejársela por menos de ochenta francos.”

PAUL LÉAUTAUD, Journal, 27 de abril de 1899.

Traducción de Miguel Ángel Frontán.