domingo, 13 de junio de 2010

Leopoldo Lugones: Dos sonetos y un romance

ALMA VENTUROSA

Al promediar la tarde de aquel día,
cuando iba mi habitual adiós a darte,
fue una vaga congoja de dejarte
lo que me hizo saber que te quería.

Tu alma, sin comprenderlo, ya sabia. . .
con tu rubor me iluminó al hablarte,
y al separarnos te pusiste aparte
del grupo, amedrentada todavía.

Fue silencio y temblor nuestra sorpresa,
mas ya la plenitud de la promesa
nos infundía un júbilo tan blando,

que nuestros labios suspiraron quedos . . .
y tu alma estremecíase en tus dedos
como si se estuviera deshojando.

ÂME HEUREUSE

J’allais, à l’heure pâle, ce jour-là,
te dire l’au-revoir habituel,
quand une vague angoisse en te quittant
soudainement, m’apprit que je t’aimais.

Ton âme qui, sans comprendre, savait
m’éclaira par le feu de ton visage ;
et, m’éloignant, je te vis t’écarter
de ton groupe, harcelée par une crainte.

En silence, en frisson, vint la surprise,
mais déjà le beau poids de ta promesse
nous inspirait si délicate joie

que nous en soupirâmes sans murmure
et ton âme tremblait entre tes doigts
comme si elle était en train de s’effeuiller.

Traducción de ÉMILIE NOULET (Anthologie de la poésie ibéro-américaine, Nagel, 1956)

ANDANTE

Al diáfano candor de un cielo vago,
Cobra el parque selvática espesura.
En el azul silencio de su hondura,
Límpidas teclas profundiza el lago.

El implacable amor pone en su halago
Una anticipación de noche obscura,
Y en la morada ojera prefigura
El lóbrego beleño de su estrago.

Con un romanticismo de cautivas,
Perfuman azucenas excesivas.
La senda de volver se borra incierta..

Y entre los labios dulcemente presos.
Se nos deshoja el corazón en besos
Como una rosa demasiado abierta.

ANDANTE

Dans la candeur diaphane d‘un azur vague
le parc reprend l’aspect d’un sauvage fourré,
dans le silence bleu de son hallier secret
et du lac qu’élargit l’arpège d’une vague.

Mais l’implacable amour glisse dans sa douceur
une anticipation d’ombre et de nuit obscure.
Le cerne violet de tes yeux préfigure
l’insidieux poison de ton filtre obsesseur.

Avec un romantisme aigu d’âmes captives,
les grands lis se défont en odeurs excessives.
Sous nos pas les sentiers du retour sont usés.

Tandis que sur l’étau de tes lèvres offertes
notre cœur s’effeuille en baisers
comme des roses trop ouvertes.

Traducción de JEAN CAMP (La guirlande espagnole. México, Le Coq français,1947)

LAS FATALES

Las tres hermanas de negro
se empiezan a marchitar
al soplo de una desgracia
que no se han dicho jamás.

De negro que visten siempre,
tal vez porque sentará
a su cabello castaño
y a su esbeltez natural;

pero en el mudo designio
de aquella felicidad,
un vago pavor de duelo
parece a ratos flotar.

Cada una calla, aunque sabe
con certidumbre total
que cuando venga el amado
las tres juntas lo han de amar.

Cada una sabe, aunque calla
como un secreto mortal,
que si una alcanza la dicha
las otras dos morirán.

Pero bien comprenden todas
que si un día ha de llegar,
cada una querrá alcanzarla
con inexorable afán.

La dicha en tanto no llega,
acaso no venga ya...
El amado que esperaban
era una sombra quizás.

Mas, en el luto que llevan
sin querérselo explicar,
pasa la sombra del crimen
que nunca cometerán.

LE FATALI

Le tre suore in veste nera
a sfiorir comincian già
sotto il soffio di ria sorte
di cui mai voller parlar.

Sempre a nero son vestite.
Forse per far risaltar
i capelli lor castani
e la snella venustà;

ma nel tacito disegno
che c'è in quella fedeltà,
un timor vago di lutto
sembra a volte galleggiar.

Tace ognuna, benchè sappia
senza tema di sbagliar
che se un di venga l'amato
le tre insieme lo ameran.

Sa ciascuna, benchè taccia
come un segreto mortal,
che se una avrà ventura
le altre due ne moriran.

E le tre comprendon bene:
se la sorte giungerà,
afferrarla vorrà ognuna
con spietata volontà.

Non ancora la ventura
venne, e forse non verrà...
e forse era solo un'ombra
quello amato atteso invan.

Ma in quel lutto ch'esse portano,
e il perchè vonno ignorar,
passa l'ombra di un delito
ch'essse mai perpetreran.

Traducción de FOLCO TESTENA (Antologia della poesia argentina moderna. Milán, Alpes, 1927)

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miércoles, 9 de junio de 2010

Georges Bernanos: El impostor y la impostura

L’imposteur et l’imposture

Pour mériter le nom d’imposteur, il faudrait qu’on fût totalement responsable de son mensonge, il faudrait qu’on l’eût engendré, or tous les mensonges n’ont qu’un Père, et ce Père n’est pas d’ici. Je crois que le mensonge est un parasite, le menteur un parasité, qui se gratte où cela le démange. Il n’est certainement pas interdit de se défendre contre les mensonges, par ce que si étranger qu’il paraisse à notre nature, quelque répugnance qu’il nous inspire —ou peut-être en raison de cette répugnance— nous ne sommes jamais sûrs qu’il ne trouvera pas en notre propre fonds un autre mensonge complice, à quoi il est par avance mystérieusement accordé, pour une abjecte fécondation. Car il n’y a pas de mensonge, il y a des générations de mensonges, le mensonge n’est nullement une création abstraite de l’homme et le mentir un jeu analogue à celui des échecs, comme le croient volontiers les diplomates d’église ou d’ailleurs, chaque mensonge est vivant, bien vivant, un mensonge, en terrain favorable, se reproduit plus vite que la mouche du vinaigre. Prétendre les classer par espèces et par genres serait une entreprise vaine, non moins vaine l’illusion de juger du menteur sur son mensonge, alors que l’expérience nous apprend si peu de chose touchant l’évolution de cette maladie qui, à l’exemple de la vérole, épargne presque indéfiniment des médiocres et pourrit d’un coup jusqu’à l’os des être sains, forts et purs. Il est peu d’hommes qui, à une heure de la vie, honteux de leurs faiblesses ou de leurs vices, incapables de leur faire front, d’en surmonter l’humiliation rédemptrice, n’aient été tentés de se glisser hors d’eux-mêmes, à pas de loup, ainsi que d’un mauvais lieu. Beaucoup ont couru plus d’une fois, impunément, cette chance atroce. L’imposteur n’est peut-être sorti qu’une seule fois, mais il n’a pu rentrer. C’est bien joli de dire qu’il le fait exprès, qu’en sait-on ? Ce qu’il a quitté ne se signalait guère au regard, et face à tant de portes qui se ressemblent, il désespèrent de reconnaître la sienne, il n’ose même plus engager sa clef aux serrures, par crainte de recevoir sur la tête le pot de chambre du propriétaire courroucé. D’ailleurs, à quoi bon ? La société l’embauchera tel quel, et même elle le préfère ainsi. —« Je sais parfaitement que vous n’êtes pas ce que vous dites, mais je ne suis pas non plus ce que je prétends être. On me donne le nom d’Ordre et je ne mérite que celui de Compromis. Je me moque qu’il y ait au-dessus de moi tout le Bien que renonce, puisqu’il n’y a au-dessous de moi que le Pire. Moi ou Rien. J’ai porté ce défi au bon Dieu lui-même et il ne l’a pas relevé. La malédiction lancée sur le monde, l’esprit du monde, ne m’atteint que de biais, comme à regret. L’essentiel, d’ailleurs, est qu’on m’ait pas coupé les vivres. « Rendez à César ce qui appartient à César », voilà un langage que je comprends, et il assure jusqu’à la fin des temps l’équilibre de mon budget. Je suis assez riche pour fournir un état civil à qui m’en demande. Ce que vous êtes réellement, je l’ignore, je ne sonde jamais les cœurs ni les reins, mes services ne disposant pas de l’outillage indispensable à cet effet. N’ayez donc aucune inquiétude. Je ne prendrai de vous que ce qui m’appartient déjà, un mensonge qui serait pour vous sans grand profit mais non sans risque, et à quoi, par mon aide, vous ferez rendre cent pour un. Quant à ce que vous avez volontairement perdu, je me garderai bien de vous le restituer. Vous vous êtes condamnés à ne rien valoir par vous même, à tenir tout du titre, de la fonction, c’est à dire de moi. Je hais l’individu, les institutions seules m’importent. Même expert en son métier, l’homme sincère me fait perdre par ses vains scrupules et son incessant contrôle plus que ne saurait me rapporter son travail consciencieux. Le faux juge, le faux soldat, le faux penseur, le faux prêtre ne me donnent assurément pas grand-chose, mais ils le donnent dans l’esprit qui me plaît. Ils tiennent à la fonction faute de tenir à eux-mêmes, ils tiennent à la fonction comme l’acarus sarcopte à la peau, et dépendent du prestige qu’elle leur confère ainsi que cet animal du sang de son nourricier. Ils brûlent de servir, avec le leur, tous les prestiges, car tous les prestiges sont solidaires et rayonnent de moi. La multiplication des imposteurs, loin de me compromettre, renforce la puissance de l’État. Dans une société qui ne compterait que des imposteurs, l’État serait dieu, les imposteurs le feraient dieu. Il ne faudrait pas moins d’un dieu, en effet, pour donner une réalité à des apparences et faire quelque chose de rien. Marchez donc hardiment, non vers le but que la Providence vous assigna jadis, mais dans la route étroite que je trace à mesure devant vous et qui, je ne vous le cèle pas, tourne en rond. Tourner en rond, cela s’appelle avancer. Je ne vous promets pas un avenir, je garantis votre avancement. Il serait fou que vous attendiez de moi que j’ajoute quoi que ce soit à votre médiocre substance, je ne dispose pas des secrets de la vie. Les honneurs et les dignités dont je vous couvre donneront seulement l’illusion d’un accroissement de taille et de poids. À la mort, le bon Dieu n’aura que la peine de détortiller les mètres de papier d’or, d’argent ou d’étain, et de vous sortir de cette volumineuse enveloppe ainsi qu’un minuscule berlingot. »
(Les enfants humiliés)


El impostor y la impostura

Para merecer el nombre de impostor sería necesario que uno fuese enteramente responsable de su mentira, que la hubiese engendrado, pero todas las mentiras tienen un único Padre, y ese Padre no es de este mundo. Creo que la mentira es un parásito y el mentiroso un parasitado que se rasca donde le pica. Ciertamente no está prohibido defenderse de las mentiras de los demás, ya que por más ajena que parezca a nuestra naturaleza, sea cual sea la repugnancia que nos inspire —o quizás debido a esa repugnancia—, nunca estamos seguros de que no hallará en lo más recóndito de nosotros mismos otra mentira cómplice, con la que de antemano se encuentra misteriosamente en armonía, para una abyecta fecundación. Ya que no hay mentira, hay generaciones de mentiras, la mentira no es en modo alguno una creación abstracta del hombre ni el mentir un juego análogo al ajedrez, como están dispuestos a creerlo los diplomáticos de iglesia o de otros ámbitos; cada mentira está viva, bien viva; una mentira, en terreno favorable, se reproduce más rápido que la mosca del vinagre. Pretender clasificarlas por especies y géneros sería una empresa vana, y no menos vana la ilusión de juzgar al mentiroso de acuerdo con su mentira, cuando la experiencia nos enseña tan poco sobre la evolución de esta enfermedad que, a la manera de la sífilis, deja indemnes casi siempre a gentes mediocres y pudre de golpe hasta el tuétano a seres sanos, fuertes y puros. Son pocos los hombres que, llegada cierta hora de la vida, avergonzados de su debilidad o de sus vicios, incapaces de hacerles frente, de superar su humillación redentora, no hayan sentido la tentación de escurrirse fuera de sí mismos, en puntas de pie, como de un lugar de perdición. Muchos corrieron más de una vez, impunemente, esa suerte atroz. El impostor no salió acaso más que una vez, pero no pudo volver a entrar. Es muy fácil decir que lo hace adrede, pero ¿qué sabemos? El lugar que ha abandonado apenas se distinguía de los demás, y frente a tantas puertas que se parecen, no tiene esperanzas de reconocer la suya, ya ni siquiera se atreve a introducir la llave en las cerraduras, de miedo a recibir en la cabeza la escupidera del propietario encolerizado. ¿Para qué, por otra parte? La sociedad lo reclutará tal cual es, e incluso lo prefiere así. “Sé muy bien que usted no es lo que dice ser, pero tampoco yo soy lo que proclamo. Me llaman Orden y sólo merezco que me llamen Compromiso. Me río de que por encima de mí esté todo el Bien al que renuncio, puesto que por debajo de mí sólo está lo Peor. Yo o Nada. Le lancé este desafío al propio Dios y él no lo aceptó. La maldición arrojada sobre el mundo, el espíritu del mundo, sólo me alcanza al sesgo, como de mala gana. Lo esencial, por lo demás, es que no me hayan cortado los víveres. 'Dad al César lo que es del César', ése es un lenguaje que comprendo y que garantiza hasta el fin de los tiempos el equilibrio de mi presupuesto. Soy lo bastante rica como para darle una buena posición social a quien me la pida. Lo que ustedes son realmente, lo ignoro, jamás sondeo ni los corazones ni las entrañas, ya que mis servicios no disponen del instrumental indispensable para ello. No tienen, pues, por qué preocuparse. No les sacaré más que lo que ya me pertenece, una mentira que para ustedes prácticamente carecería de provecho pero no de riesgo, y a la que, con mi ayuda, harán rendir por cien. En cuanto a lo que perdieron voluntariamente, me guardaré muy bien de devolvérselo. Ustedes se han condenado a no valer nada por sí mismos, a debérselo todo al título, a la función, es decir a mí. Yo odio al individuo, sólo me importan las instituciones. Incluso cuando es experto en su oficio, el hombre sincero me hace perder, con sus vanos escrúpulos y su control incesante, más de lo que podría dar su trabajo concienzudo. El falso juez, el falso soldado, el falso pensador, el falso sacerdote, sin duda no me dan gran cosa, pero lo dan con el espíritu que a mí me gusta. Se adhieren a la función a falta de adherirse a sí mismos, se aferran a la función como el ácaro sarcopto se adhiere a la piel, y dependen del prestigio que les confiere tal como este animal de la sangre de quien lo alimenta. Arden por servir, con el suyo, a todos los prestigios, ya que todos los prestigios son solidarios e irradian de mí. La multiplicación de los impostores, lejos de comprometerme, refuerza el poder del Estado. En una sociedad en que sólo hubiese impostores el Estado sería dios, los impostores lo harían dios. Sería necesario todo un dios, en efecto, para dar alguna realidad a lo que no es sino apariencia y hacer algo de lo que no es nada. Avancen ustedes, pues, intrépidamente, no hacia la meta que la Providencia les había asignado sino por la ruta estrecha que yo trazo delante de ustedes a medida que avanzan y que, no se lo ocultaré, gira en redondo. Girar en redondo se llama avanzar. No les prometo un porvenir, les garantizo que avancen. Sería descabellado que esperasen de mí que yo agregue nada a su mediocre substancia, no poseo los secretos de la vida. Los honores y las dignidades con que los cubro sólo darán la ilusión de un aumento de estatura y de peso. En el momento de la muerte, Dios no tendrá más trabajo que el de desenroscar los metros de papel de oro, de plata o de estaño, y sacarlos de ese voluminoso envoltorio como un minúsculo caramelo.”

Traducción de Carlos Cámara y Miguel Ángel Frontán

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martes, 1 de junio de 2010

Arthur Rimbaud y Ángel José Battistessa


Le bateau ivre

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

ARTHUR RIMBAUD


El barco ebrio

Cuando yo descendía por Ríos impasibles,
Dejaron de guiarme mis buenos sirgadores:
Chillones Pieles Rojas, como a blancos sensibles,
Los habían saetado en postes de colores.

Poco me preocuparon esas tripulaciones;
Una vez terminadas sus crueles bataholas,
Yo, transporte de trigo flamenco o de algodones
Ingleses, a mi gusto proseguí por las olas.

Corrí en el chapoteo de fuertes marejadas,
Aún más imperturbable que cerebros de infantes,
Y las mismas Penínsulas desamarradas
No soportaron nunca vaivenes más triunfantes.

La tempestad bendijo mi despertar marino.
Más liviano que un corcho, sobre el agua agitada
Diez noches he bailado en revuelto destino
Sin recordar los faros de estúpida mirada.

Grata como a los niños la manzana jugosa
Penetró el agua verde en mi casco de pino
Y, arrastrando el arpeo y el timón, presurosa
Lavó manchas y vómitos azulosos de vino.

¡Me bañé, desde entonces, en el vasto poema
Del mar, del mar infuso de astros y lactescente,
Donde en azules verdes, a veces, la suprema
Sombra de algún ahogado se hunde, pálidamente;

Donde tiñendo, raudos, los fondos azulinos,
delirios, ritmos lentos bajo el diurno fulgor,
Más vastos que las liras y más fuertes que finos
Alcoholes se fermentan las pecas del amor!

Yo conozco los cielos que estallan, sé las lomas
Acuosas, las resacas, las trombas; sé la tarde,
Toda el alba exaltada cual pueblo de palomas,
Y he visto lo que el hombre sospecha en vano alarde.

He visto el sol manchado de místicos horrores
Iluminando larga coagulación violeta,
De dramas muy antiguos al parecer actores,
Contemplé los oleajes de lontananza inquieta.

He soñado con besos en ojos de los mares,
He soñado la noche verde con resplandores
Níveos, el fluir de savias, los bruscos despertares
Azules y amarillos de fósforos cantores.

Mes tras mes he seguido, igual que a vaquerías,
Histéricas, las olas en su asalto pujante,
Sin pensar que en su marcha fulgente las Marías
Llevasen del hocico al Océano jadeante.

¿Sabéis?, he descubierto increíbles Floridas:
Los ojos de panteras son flores entre humanas
Epidermis, los iris se tienden como bridas,
Bajo el cielo marino, a glaucas caravanas.

¡He visto fermentando los pantanos enormes,
Cestas en cuyos juncos se pudre un Leviatán;
En medio de las calmas cataclismos informes,
Lejanas cataratas que a los abismos van!

¡Cielos de brasa, heleros, oleaje nacarado,
Restos de encalladuras en los golfos brumosos
Donde el pie de los árboles de ramaje enroscado
Ruedan grandes serpientes de aromas tenebrosos!

¡Oh yo hubiese mostrado a un niño esas doradas
De la gran ola azul, esos peces cantantes!
Yo florecí de espumas al partir de las radas
Y, en vientos inefables, tuve alas por instantes.

Mártir, algunas veces, de zonas fatigosas,
El mar cuyo sollozo suavizaba mi arfada,
Me aplicaba sus flores de amarillas ventosas
Y quedaba como una mujer arrodillada.

Península que mece en sus bordes querellas
De aves estrepitosas con ojuelos dorados,
Fui a pique; entre mis cuerdas, sumidos tras mis huellas,
A dormir descendían, de espalda, los ahogados...

¡Y yo, barco enredado entre las cabelleras
Profundas, en el éter sin pájaros perdido,
Yo, esqueleto embriagado que hanseáticas veleras
Nunca hubiesen pescado, con desdeñoso olvido.

Yo que flotaba loco, con los flancos cubiertos
De lúnulas eléctricas e hipocampos crinudos,
Cuando cálidos Julios volcaban los abiertos
Cielos ultramarinos en ardientes embudos,

Yo que trémulo oía el mugir encelado
De Behemots y de Malstroms, retumbantes tifones,
Perenne navegante de un azul serenado,
Como añoro la Europa de viejos malecones!

Yo vi los archipiélagos siderales, las islas
Con sus cielos abiertos a todo bogador:
¿Es allí donde duermes, allí donde te aíslas
Áureo millón de pájaros, oh futuro Vigor?

Sí, ya he llorado mucho. Las albas son dolientes.
Atroz es toda luna, triste la luz solar.
Ya el amor me ha colmado de torpezas fervientes.
¡Oh, que mi quilla estalle! ¡Oh, que me arrastre el mar!

Yo deseo de Europa la oscura lagunita
Donde, al caer la tarde que se muere olorosa,
Suelta un niño en cuclillas, con tristeza infinita,
Un barquichuelo frágil como una mariposa.

¡Ya no es posible, oh baño de olas, como antes
Adelantarse a otros transportes de algodones,
Ni cruzar el orgullo de enseñas tremolantes,
Ni nadar bajo el duro mirar de los pontones!

Traducción de ÁNGEL JOSÉ BATTISTESSA

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