miércoles, 3 de abril de 2013

Gabrielle de Villeneuve: La Bella y la Bestia


En diciembre de 2012, Ediciones De La Mirándola publicó, en su colección Cherchez la femme, la primera traducción al castellano de la novela original de Gabrielle de Villeneuve LA BELLA Y LA BESTIA, con un apéndice exhaustivo que incluye los dos relatos que inspiraron a Gabrielle de Villeneuve (la Historia de Psiquis de Apuleyo y El Rey Cerdo de Straparola da Caravaggio), así como la reducción de su estupenda novela a las dimensiones de un simple cuento para niños hecha por Jeanne-Marie Leprince de Beaumont —versión ésta que, desdichadamente, es la única universalmente conocida.
En noviembre de 2016 la traducción ha sido completamente revisada en vistas a la edición del libro tanto en formato digital como en versión papel.

Para adquirir el libro en papel https://delamirandola.wordpress.com/ 
Para adquirir el libro en formato epub o kindle, véase aquí



HISTOIRE DE LA BELLE ET LA BÊTE


DANS un pays fort éloigné de celui-ci l'on voit une grande ville, où le commerce florissant entretient l'abondance. Elle a compté parmi ses citoyens un marchand heureux dans ses entreprises, et sur qui la fortune au gré de ses désirs, avait toujours répandu ses plus belles faveurs. Mais s'il avait des richesses immenses, il avait aussi beaucoup d'enfants. Sa famille était composé et de six garçons et de six filles. Aucun n'était établi. Les garçons étaient assez jeunes pour ne se point presser. Les filles, trop fières des grands biens sur lesquels elles avaient lieu de compter, ne pouvaient aisément se déterminer pour le choix qu'elles avaient à faire.
Leur vanité se trouvait flattée des assiduités de la plus brillante jeunesse. Mais un revers de fortune, auquel elles ne s'attendaient pas, vint troubler la douceur de leur vie. Le feu prit dans leur maison. Les meubles magnifiques qui la remplissaient, les livres de comptes, les billets, l'or, l'argent, et toutes les marchandises précieuses, qui composaient tout le bien du marchand, furent enveloppés dans ce funeste embasement, qui fut si violent qu'on ne sauva que très peu de chose.
Ce premier malheur ne fût que l'avant coureur des autres. Le père à qui jusqu'alors tout avait prospéré, perdit en même-temps, soit par des naufrages, soit par des corsaires, tous les vaisseaux qu'il avait sur mer. Ses correspondants lui firent banqueroute; ses commis dans les pays étrangers furent infidèles; enfin de la plus haute opulence, il tomba, tout à coup dans une affreuse pauvreté.
Il ne lui resta qu'une petite habitation champêtre, située dans un lieu désert, éloigné de plus de cent lieues de la ville, dans laquelle il faisait son séjour ordinaire. Contraint de trouver un asile loin du tumulte et du bruit, ce fut là qu'il confiât sa famille désespérée d'une telle révolution. Surtout les filles de ce malheureux père n'envisageaient qu'avec horreur la vie qu'elles allaient passer dans cette triste solitude. Pendant quelque temps elles s'étaient flattées que quand le dessein de leur père éclaterait les amants qui les avaient recherchées se croiraient trop heureux de ce qu'elles voudraient bien se radoucir.
Elles s'imaginaient qu'ils allaient tous à l’envi briguer l'honneur d'obtenir la préférence. Elles pensaient même qu'elles n'avaient qu'à vouloir pour trouver des époux. Elles ne restèrent pas longtemps dans une erreur si douce. Elles avaient perdu le plus beau de leurs attraits, en voyant comme un éclair disparaître la fortune brillante de leur père, et la saison du choix était passée pour elles. Cette, foule, empressée d'adorateurs disparut au moment de leur disgrâce. La force de leurs charmes n'en put retenir aucun.
Les amis ne furent pas plus généreux que les amants. Dès qu'elles furent dans la misère, tous sans exception cessèrent de les connaître. On poussa même la cruauté jusqu'à leur imputer le désastre qui venait de leur arriver. Ceux que le père avait le plus obligés, furent les plus empressés à les calomnier. Ils débitèrent qu'il s’était attiré ces infortunes par sa mauvaise conduite, ses profusions, et les folles dépenses qu’il avait faites et laissé faire à ses enfants.
Ainsi cette famille désolée ne put donc prendre d'autre parti que celui d'abandonner une ville où tous se faisaient un plaisir d'insulter à sa disgrâce. N'ayant aucune ressource, ils se confinèrent dans leur maison de campagne, située au milieu d'une forêt presqu'impraticable, et qui pouvait bien être le plus triste séjour de la terre. Que de chagrins ils eurent à essuyer dans cette affreuse solitude ! Il fallut se résoudre à travailler aux ouvrages les plus pénibles. Hors d'état d'avoir quelqu'un pour les servir, les fils de ce malheureux marchand partagèrent entre eux  les soins et les travaux domestiques. Tous à l'envi s'occupèrent à ce que la campagne exige de ceux qui veulent en tirer leur subsistance.
Les filles de leur côté ne manquèrent pas d'emploi. Comme des paysannes elles se virent obligées de faire servir leurs mains délicates à toutes les fonctions de la vie champêtre. Ne portant que des habits de laine, n'ayant plus de quoi satisfaire leur vanité, ne pouvant vivre que de ce que la campagne peut fournir, bornées au simple nécessaire mais ayant toujours du goût pour le raffinement et la délicatesse, ces filles regrettaient sans cette et la ville et ses charmes. Le souvenir même de leurs premières années, passées rapidement au milieu des ris et des jeux, faisait leur plus grand supplice.
Cependant la plus jeune d'entre elles montra, dans leur commun malheur, plus de confiance et de résolution. On la vit par une fermeté bien au-dessus de son âge prendre généreusement son parti. Ce n'est pas qu'elle n'eût donné d'abord des marques d'une véritable tristesse. Eh ! qui ne serait pas sensible à de pareils malheurs ! Mais après avoir déploré les infortunes de son père pouvait-elle mieux faire que de reprendre sa première gaîté, d'embrasser par choix l'état seul dans lequel elle se trouvait, et d'oublier un monde dont elle avait avec sa famille éprouvé l'ingratitude et sur l’amitié  duquel elle était si bien persuadée qu'il ne fallait pas compter dans l'adversité?



LA BELLA Y LA BESTIA


EN un país situado a gran distancia de éste, hay una gran ciudad que goza de una abundancia basada en un comercio floreciente. Uno de sus ciudadanos fue un comerciante afortunado en sus empresas, y al cual el destino, complaciente con sus deseos, concedió siempre sus mejores favores. Pero si bien tenía riquezas inmensas, también tenía muchos hijos. Su familia estaba compuesta por seis varones y seis mujeres. Todos seguían viviendo con él. Los varones eran demasiado jóvenes para pensar en independizarse. Las mujeres, demasiado orgullosas de los grandes bienes con los que podían contar, no lograban decidirse fácilmente en cuanto a la elección que debían hacer.

Su vanidad se sentía halagada por las galanterías de los jóvenes más brillantes. Pero un revés de la fortuna, que ellas no se esperaban, trastornó un día la serenidad de sus vidas. La casa fue presa de las llamas. Los muebles magníficos que la colmaban, los libros de cuentas, los billetes, el oro, la plata y todas las mercaderías valiosas que constituían el conjunto de los bienes del comerciante se perdieron en aquel funesto incendio, que fue tan violento que sólo se salvaron muy pocas cosas.

Esa primera desgracia fue sólo el preanuncio de las demás. El padre, que hasta entonces había prosperado en todo, perdió a un tiempo, ya fuese por causa de naufragios o debido a los corsarios, todos los navíos que tenía en el mar. Sus socios se declararon insolventes; sus representantes en países extranjeros le fueron infieles; por último, cayó de pronto de la más alta opulencia en una horrenda pobreza.

Lo único que le quedó fue una casita de campo situada en un lugar desierto, a más de cien leguas de la ciudad, en la que solía pasar largos períodos. Obligado a hallar refugio lejos del tumulto y del ruido, fue allí adonde condujo a su familia desesperada por semejante conmoción. Las hijas de ese desdichado padre, sobre todo, no podían encarar sino con horror la vida que llevarían en aquella triste soledad. Durante algún tiempo se ilusionaron con la idea de que, una vez conocido el proyecto del padre, los enamorados que las habían cortejado se sentirían más que felices de ver que se volvían menos esquivas.

Se imaginaban que todos rivalizarían en reclamar el honor de obtener la preferencia. Incluso pensaban que, para encontrar marido, sólo tenían que desearlo. No se mantuvieron por mucho tiempo en tan dulce error. Al desaparecer como un relámpago la brillante fortuna del padre habían perdido el más bello de sus atractivos, y la época en que podían elegir y ser elegidas había terminado para ellas. La solícita multitud de cortejantes desapareció en cuanto cayeron en desgracia. La fuerza de sus encantos no pudo retener a ninguno de ellos.

Los amigos fueron tan poco generosos como los pretendientes. Una vez sumidas en la miseria, todos, sin excepción, dejaron de conocerlas. Incluso llevaron la crueldad hasta el punto de achacarles el desastre que acababa de ocurrirles. Aquéllos que habían recibido más atenciones del padre fueron los primeros en calumniarlos. Dijeron que él mismo había provocado sus infortunios con su mala conducta, sus prodigalidades y los gastos alocados que había hecho y dejado hacer a sus hijos.

Así fue como aquella familia desolada no pudo tomar otra decisión que no fuera la de abandonar una ciudad en la que todos se complacían en insultar su desgracia. Carentes de todo recurso, se encerraron en su casa de campo, situada en medio de un bosque casi impenetrable y que bien hubiera podido ser considerado el lugar más triste de la tierra. ¡Cuántas aflicciones se vieron obligadas a soportar en aquella horrorosa soledad! Tuvieron que decidirse a trabajar en las tareas más penosas. Como su condición no les permitía tener a alguien que los sirviese, los hijos de aquel desdichado comerciante se repartieron entre ellos las ocupaciones y los trabajos domésticos. Todos, rivalizando uno con otro, se ocuparon de las tareas que el campo impone a quienes quieren obtener de él su subsistencia.

A las muchachas, por su lado, no les faltó trabajo. Como campesinas, se vieron en la obligación de emplear sus manos delicadas para todas las tareas de la vida campestre. Vestidas con ropa de lana, carentes ahora de todo lo que hubiera podido satisfacer su vanidad, sin otra cosa para vivir que lo que el campo puede brindar, reducidas a lo estrictamente necesario, pero sin perder el gusto por el refinamiento y la delicadeza, aquellas muchachas echaban de menos sin cesar la ciudad y sus encantos. El recuerdo mismo de sus primeros años, que habían pasado rápidamente en medio de risas y de juegos, constituía su mayor suplicio.
La menor de ellas, sin embargo, mostró en la común desdicha más constancia y resolución. Se la vio, con una firmeza muy superior a la propia de su edad, resignarse generosamente a su situación. No porque no hubiese dado, al principio, muestras de una verdadera tristeza. ¿Quién no sería sensible a semejantes desgracias? Pero después de llorar los infortunios de su padre, ¿qué cosa mejor podía hacer sino recobrar su carácter alegre, abrazar voluntariamente el estado de soledad en que se encontraba, y olvidarse de un mundo cuya ingratitud había padecido junto con su familia y con cuya amistad estaba tan convencida de no poder contar en la adversidad?